construire

Publié le par paul vidal

 

LE MOT PERDU

 

Parfois je suis un mot, rien qu'un mot trop petit,
Perdu sur une page qui lui parait trop grande,
Si je trouvais un verbe et si je lui causais,
Peut être de sa vie je saisirais un peu.

Déjà de cette union, de sa nouvelle force ,
Pourrions nous arrêter un autre mot perdu.
Un adjectif errant, distrait et solitaire,
Se laisserait tenter de trouver équipage..

Lassé de ne rien dire et de toujours chercher,
L'envie le saisirait de dire davantage,
Son ambition de mot, meurtri de cette errance,
Lui ferait accepter d 'entrer dans une phrase.

Se voyant incapable de raconter la vie,
Et qui, en tout premier, espérait de le faire,
Renoncerait à tout, pour suivre un autre mot,
Pour le faire avancer sans regarder derrière.

Et d'une phrase à l'autre, toujours le disant mieux,
Parviendraient-ils ensembles à définir un lieu,
Un lieu créé pour eux, chaque mot portant l'autre,
Le poussant, le tirant, chacun protégeant l'autre.

L 'un se ferait racine, l'autre se ferait branche,
De la terre vers le ciel ils bâtiraient un pont.
Dans cette union nouvelle, enrichie de promesses,
Cheminerait la joie comme monte une sève.

Et de bien s'en servir, sachant qu'elle est fragile,
Ils la feraient durer en oubliant le moi.
Car le moi, sans le nous, nous condamne à l'errance.
Le nous seul, dans le monde, est porteur de présence.

 

 

CHOISIR

 

Prier avec des pierres et construire des églises
Jalonner notre terre de villes et monuments
Pour donner après nous une image du temps
C’est garnir l’espace en mettant des étoiles
Pour que des yeux futurs y cherchent notre mémoire

De même que les mots poursuivent les idées
Tentent de leur donner et visage et couleur
En écartent le flou précisent les contours
Et par trait sur papier leur donnent une vie
Dans l’espoir de combler le doute des croyances

De la vie à l’objet réalité voyage
Comme normalité attend toujours miracle
Révolte de l’orgueil confronté au néant
Ou soumission craintive dans l’espoir de comprendre
Sont les deux choix possibles que nous laisse le temps


LE REVE


Chacun voudrait savoir et savoir ne le peut
D'ou le rêve nous vient et pourquoi il nous quitte
Léger comme les mots, courant après l'image
Il débute et s'arrête, semble chercher sa voie
Du passé au présent il navigue souvent
Existe t il vraiment pour jouer au réel ?

Lorsque le jour se lève, que le sommeil s'éteint,
Il semble s'éloigner quand le jour se lève.
Serait il donc passé occuper la mémoire,
Sans laisser son empreinte apporter sa couleur
Bousculer nos pensées , y laisser ses saveurs,
En mépris absolu et en défi des lois.

Sommes nous éveillés et par cela sans rêves ,
Quand chacun le poursuit pour le mieux posséder
11 n'existe de mot trop beau pour en parler
Son image semblant condamnée au mystère
Peut on croire le rêve perdu sur cette terre ,
Quand tant de cathédrales montent à l'assaut du ciel

Et notre foi en dieu est elle donc si forte
Qu'elle n ' aie pas le besoin pour vivre qu'il la porte
Il a trop de visages il a trop de chemins
Il habite les voix, il habite les corps
S'installe dans les yeux pour en faire un décor
Immensément présent et pourtant un peu mort.

La musique en est faite ne sait que le chanter
Elle lui ressemble tant que très souvent l'envie
Nous séduit et nous pousse à les identifier;
Si l'homme a tout perdu du paradis terrestre
Pour tenir le réel entre ses deux mains nues,
Il a gardé en lui le pouvoir du rêve
Pour planer, en bonheur, au-dessus de la vie.

 

LA PIERRE ET LA FOI

 

Entre le sable et l’eau qui aux mains se dérobent
Est assise la roche, image de la foi.
Elle lui ressemble tant,. point fixe dans le sable.
Avec l’eau alentour coulant comme le temps
Qu’elle nous parait amour, parmi l’indifférence
.
L’espoir comme une brise récompensant l’effort
Est la main qui s’accroche à cet espoir de vie
Sur le chemin montant de conquérir la joie
Mais elle doit pour l’atteindre résister au vertige
Du temps qui ne s’arrête et des voix qui se noient

Prisonniers d’un sourire, esclaves d’une voix
Payer de leur oubli, une autre joie de vivre
Sachant que sa valeur succombera à l’heure.
Il faut des joies passées savoir tourner la page
Pour trouver à nouveau une autre page blanche
Et créer grâce aux mots des sentiments nouveaux.

Vouloir être nombreux pour mieux prier ensemble
Semble donner aux mots plus grande vérité
L'écho des cathédrales est fait pour ces prières
Et les voûtes de pierre deviennent voûtes sacrées
De la voûte romane solide par son poids
A la voûte gothique plus fine et plus légère
Toutes deux sont appel ou bien remerciement
De la foi trop certaine ou de l’espoir vivant.

Le regard  

 

Le regard est miroir où s'installe le monde
Il est le regard puits ou l'inconnu se noie
Il peut être douceur et porteur de sourire
Ou dur comme la pierre et cousin de l'acier

Il est comme l'eau calme tout de lumière vêtu
Où comme la tempête habitée par la rage
Le regard est fenêtre ouverte sur la vie
Et qui peut exister de multiples façons

Etre tout de surface et balayer l'espace
Pour s'arrêter soudain et fixer un destin
Il est bleu sans frontières à l'image du ciel
Riche de tous les rêves d'un regard infini

Mais il peut très soudain basculer dans l'extrême
Et dire la sentence d'une mort prochaine
Il est dans le visage ainsi que le soleil
Entre chaque nuage il regarde la terre.

Et mieux que notre corps il sait trahir notre âme
Les ans le modifient adouci d'expériences
Mais les chagrins passés et leur goût de souffrance
L'envahissent de vides et trop de différences
Le rendent plus lointain absent jusqu'à l'absence

 

 

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Publié dans poesies

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