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RAPPORTS
L'orgueil du rocher qui domine la vague
Est jeunesse de pierre qui veut narguer le temps
Mais le temps a pouvoir de modifier la vie
De la rendre sujette à l’espace et l’instant.
Si sa fragilité ne lui paraît présente
Que face à la montagne ou à la mer démente
La mer de ce rocher fera demain du sable
Pour accueillir les pas de l'instant d'un présent
Certain que Dieu pour lui a voulu chaque chose
Alors qu'une marée effacera ses traces
Le regard pourra croire que l'horizon est fait
Pour lui donner l’espace infini de la terre
En cadeau de beauté quand le soleil l'éclaire
En cadeau de repos lorsque la nuit s'installe
Mais la course du temps qui avance et dépasse
Modifie chaque chose inexorablement..
Les objets du matin ne sont pas ceux du soir
L'amitié les déserte ils sont indifférents
Nous devons pour les voir comme nous les aimons
Attendre que l'espoir apporte un jour nouveau.
LES OBJETS
Par le chemin des yeux, celui de la mémoire
L’objet des souvenirs unit un certain temps
Les sentiments passés aux sentiments présents
Habillant le réel des vestiges anciens
En étant le bateau de toutes les tempêtes
Permet d’aller plus loin, de gagner l’avenir
Il peut être passage provisoire et ami
Qui aide à traverser une vague trop forte
Il peut être jalon escortant le destin
Permettant à la vie de progresser encore
Ou devenir arrêt en souvenirs de vie
Porteur de lassitude en attente de mort
LE PHARE ET LE BONHEUR
Le bonheur comme un phare, qui s'allume et s'éteint,
S'amuse en noir et blanc, avec notre de destin
Aveuglant par instant, comme une certitude,
Il montre le chemin, en balayant le doute,
Pour s'écarter ensuite et oublier la route.
Attend que sa lumière à l'horizon paraisse;
Peut-être moins brutale, adoucie de tendresse,
Par les brumes du temps en lueur de caresse.
Le bateau de la vie, guidé par la raison,
Traverse sans répit, l'océan des questions.
La couleur des dieux et des philosophies
Jalonne toutes nos mers, dans l'attente d'un port.
Le spectacle des vagues nous berce et nous fascine,
Mais l'idée du repos immobile est un quai.
LE BATEAU
Sur le bateau errant de l'être solitaire
L'horizon est trop calme et la mer est trop claire
Au mat de son espoir, la voile pend inerte
La vie au fond de l'eau lui parait étrangère.
Le ciel est pourtant là, dans son immensité
Il pourrait être ami, être sérénité.
Mais l'oeil qui le regarde a aimé d’autres cieux
En les voyant vivants, à travers d'autres yeux.
Même le vent du large, escorté par la vague
Pourra bien le bercer, lui donner l'illusion
La vie l'a traversé, lui offrant ses cadeaux
Il a tendu les mains, il a cru les saisir.
Mais le temps a passé, mêlant le vrai au faux
Changeant la vérité, l'habillant d'oripeaux
Il cherche autour de lui à trouver une main
Pour le guider enfin vers un autre destin.
L’Arbre
A l'arbre le printemps va redonner ses feuilles
Pour regarder le ciel et respirer le vent
Il pourra de nouveau y recevoir la pluie
Avant de la poser doucement sur le sol
Et ses bras disgracieux longtemps raidis de froid
Onduler lentement au caprice de l'air
La chaleur revenue lui parcourir le corps
Comme dans sa mémoire il en gardait l'espoir
Lorsque viendra l'automne et toutes ses couleurs
Sa robe de gala accueillera l'hiver
Et le froid pénétrant à nouveau ses attaches
Refera de ses branches de nouvelles racines
Sa ligne dépouillée comme l'est une esquisse
Rappellera aux yeux par sa nouvelle image
Qu'il est resté vivant malgré ses apparences
Seulement en sommeil pour braver l'ouragan
Tel un amour patient attend son avenir
Il attendra tout nu que revienne la vie
Que les joies de demain et les oiseaux bruyants
Dans ses nouvelles feuilles choisissent de faire nid
Les sapins qui l'entourent conservent leurs couleurs
Et reçoivent la neige en cadeau de Noël
Mais s'ils sont blancs la nuit sous les rayons de lune
Ils ne connaissent pas d'aussi belles couleurs
Les rouges et les jaunes de la feuille d'automne
Ne les vêtiront pas ainsi que dans un rêve
Cette robe magique qui dure si peu de temps
A le pouvoir de plaire à nul autre pareil
Que pour les yeux des hommes cette vie éphémère
Revit dans leurs tableaux à l’abri de l'hiver
Qu'ils gardent au fond d’eux mêmes, ce rêve de beauté
Et ne peuvent accepter sa trop courte durée
Jour et nuit
Les yeux sont trop petits quand le soleil se lève
Quand la lumière occupe chaque coin d'horizon
Les fantômes du soir comme de mauvais rêves
Se dispersent soudain vaincus par la lumière
Le poids du noir épais faisant de chaque oiseau
Un orphelin de voix un aveugle des yeux
Les bruits amis du jour et les voix de la vie
Emplissent à nouveau tout l'espace et le temps
Le ciel d e la nuit fait de lune et d'étoiles
Agit comme un sommeil préparant le réveil
Change les formes en ombres et les bruits en murmures
Modifient les distances et les rend incertaines
Le monde des étoiles de jour s i éloigné
Reprend son importance rapproche le mystère
La vérité du jour et celle de la nuit
Sont la lumière et l'ombre de chacun d'entre nous
LE LAC MAJEUR ET LES ILES BORROMEES
Les Alpes en bonnet blanc d'un horizon lointain
Semblent tout étrangères à ce miroir si calme
Prisonnier de leur flanc, refuge de beautés
Diverses et concordantes, les marbres et les granits
Polis domestiqués, révèlent leurs éclats
Secrets pourtant présents et dans leur permanence
Solide et établie escortent silencieux
Durant tous les hivers le sommeil des fleurs
Si belles et provisoires qu'elles attirent les hommes
Séduits par leur couleur violente inattendue
Qui peut les habiller en défiant les gris
Des teintes intermédiaires comme la vérité
Voudrait le submergeant éliminer le doute
Le ballet des bateaux sur le calme des eaux
Converge vers les îles comme cadeau sur l'eau
Enchâssées de lumière et caressées des eaux
Ces morceaux de la terre protégés de l'ailleurs
Entre le poids des pierres et les voûtes légères
Les jardins colorés et tirés au cordeau
Transforment toutes les îles en autant de joyaux.
Si chacun les poursuit, y repose ses yeux
C’est parce que le miracle qu'elles semblent recréer
Porte la certitude même très éphémère
Qu’une beauté secrète peut soutenir la vie.
LES ARCS 1800
La foule les sapins en uniforme blanc
Habille les pentes raides à l'assaut des sommets
Comme une collerette un jabot de chemise
Elle enchâsse la tête du sommet éclatant
La neige éblouissante et ses étendues vierges
Semble dans sa pureté défier à tout jamais
La souillure d'un pas
Ce sommet de lumière inondant le regard
Le retient malgré lui en posant la question
J’appartiens à la terre la surveille d'en haut
À l'image d'un rêve planant sur notre vie
Mon profil indécis et ses contrastes forts
Résument le conflit de chacun d'entre nous
De l'espoir sans limite à la foi plus précise
Nos destins chaque jour refusent de choisir
La pierre au soleil
La pierre sans soleil et l’homme sans un Dieu
Se ressemblent beaucoup dans leur univers froid
La pierre de la nuit dans l’attente de l’aube
Est morte pour les yeux et froide pour la main
Elle existe pourtant mais le néant des sens
La prive d’exister pour meubler notre vie
Le souvenir inscrit en chemin de mémoire
Nous la rend en présence identique à demain
Ainsi de toute vie entre joie et tristesse
Le temps en s’écoulant se révèle multiple
De tiède à implacable le soleil de même
Partagera la vie au gré de son pouvoir
Le feu de cheminée
Le feu de cheminée comme un soleil nouveau
Fait revivre le jour au milieu de la nuit
Nos yeux comme inondés fascinés de lumière
Le regarde brûler et déployer ses flammes
On les regarde assis comme on lit un visage
En attente d'un geste d'un mot inattendu
La surprise est constante et l'amitié présente
Qui semble réunir chaleur et mouvement
Dans un ballet constant semblant prier le ciel
La prière de braise trouve fin sous la cendre
Elle passera la nuit retenant son pouvoir
En attente patiente de retrouver l'espoir.
La Loire
Sa surface est discrète habillée en miroir
Voulant faire oublier qu'elle ne fait que passer
Elle caresse les rives plates de sable tiède
Evitant tant se peut de quitter son repos
Pour passer en vitesse un obstacle imprévu
Alors qu'elle avait fait le voeu de grand silence
Et choisi le murmure en harmonie de son
Un lit inconfortable et soudain rétréci
Lui fait presser le pas et devenir sonore
Sa nature estivale s'étire comme les jours
Paresseuse à souhait alanguie sur les sables
Elle adapte ses flots aux humeurs des cieux
C'est la Loire qui passe en multiples visages
Et qui descend soumise à son propre destin
Du centre de la France jusqu'à la mer immense
Elle rassemble les neiges et la pluie des orages
Abondante ou avare aux caprices du temps
Elle est claire et limpide semblable à un ciel bleu
En couleur de vacances et ménageant des plages
Elle devient le miroir paisible et si tranquille
D'un monde tout envahi de la sérénité