les souvenirs de voyages
CROISIÈRE SUR LA VOLGA
Sur le vert des sapins, et le blanc des bouleaux,
Le ciel s'appuie sur terre, et se penche sur l'eau.
La mouette sur le vent, et le bateau sur l'eau,
Se glissent dans le temps, sans éveiller d'écho.
Le fleuve dans les arbres, et les arbres dans l'eau,
Refusent les frontières, ne voulant qu'être beaux.
Les uniformes blancs, de l'armée des bouleaux,
Sont la neige d'été, dans le noir des rameaux.
Ils attendent l'hiver, avec ses tapis blancs,
Pour noyer les sapins, leur faire des cheveux blancs.
Cette maison qui flotte, parmi tant de racines,
Nous semble liberté, que le temps nous destine.
Assume son destin, qui est de faire envie.
Chaque jour est un jour, mais celui que je vis,
Sera un jour meilleur, si l'envie le remplit
Et cette immensité, que la lumière inonde,
Nous semble la beauté, que nous promet le monde.
L’ITALIE
L’Italie est si belle et le climat si doux
Que le présent occupe tout l’espace du temps
Le passé s’il existe n’est que lointain présent
Capable d’ajouter au plaisir d’exister.
Demain parait si loin, quand le présent est plein
Qu’y penser à l’instant semble un présent perdu.
Lorsque l’air est léger les paroles s’envolent
Elles paraissent dire moins, être sans importance
En perdant de leur poids par trop grande abondance
Elles deviennent du vent mais le vent n’est pas rien
Qui peut en un instant écarter les nuages
Et donner la lumière à tout un paysage.
L’arrondi des collines accompagne la vue
Lui permet de franchir l’horizon en douceur.
Comme l’écho des sons sur les façades droites
En se réfléchissant semblent les faire parler.
Les paroles s’envolent se perdent dans l’espace
Et se cognant aux murs entourant les grands places
Multiplient les présences en créant de la vie.
GAUDI ET L’ESPAGNE
La foi imprévisible monte à l'assaut du ciel
En cherchant une forme qui puisse la traduire
La pierre et le sommet en restent le symbole
Et les clochers jalonnent l'étendue de la Terre
Ils sont le témoignage le plus universel
D'un besoin de futur solidement ancré.
GAUDI en démesure a cherché de la foi
Une image plus large différente personnelle
Ses clochers de dentelle s'ils gravissent le ciel
Ménagent dans leur masse des vides très présents
Si la pierre est la foi le vide reste le doute
Qui habite à l'arrière chez beaucoup d'entre nous.
Il a dans ses piliers inclinés au possible
Traduit un équilibre fragile et délicat
Les possibles multiples de chaque vérité
Les couleurs différentes et le décor final
Sous la voûte habillée de multiples éclats
Différent des classiques en unités de forme
Où la règle constante est la courbe et la droite.
En cherchant à construire hors des sentiers battus
GAUDI eu l'ambition, oh combien difficile
De rassembler de Dieu les différents visages
Ses colonnes de pierre s’achèvent comme des arbres
En de multiples branches comme aspirées du ciel
Et ses surfaces courbes habillées de faïence
De pesantes deviennent de multiples étoiles
Cette église en travaux permanents incomplète
Parviendra-t- elle un jour à un achèvement
Où n’est-elle ce faisant qu'une question posée
Pour rester sans réponse perpétuellement
De la même façon que le besoin de croire
Nous pousse à préférer certitudes à espoir.
Flamenco
Cette danse brutale en parade rigide
Abrite la violence du soleil de midi
Mais cette chanson cri, expulsée de la gorge
Accompagnée forte par un talon rageur
¨Par ses mimiques proches mais toujours à distance
Pose question entière et toujours sans réponse
Elle semble séparer afin de mieux unir
Par dialogue de bruit talons et castagnettes
D'une femme moitié et toute en même temps
De l'homme tout désir et gonflé d'importance
Et celui basculant d’un désir éternel
Au devoir si étroit, d'un destin limité.
Et ce corps tendu, comme un arc vivant
Du talon saccadé à l'extrême des doigts
Semble tenir le ciel, le prenant à témoin
De sa passion de vivre, si violente et si dense
Refusant par son chant qui ressemble à un cri
D'accepter sans refus les plages silencieuses
Desséchées et stériles et pesamment présentes
Uniquement peuplées de vides indifférents..
Par le chemin des mains qui parcourent l'espace
Et d’un cri adouci qui est devenu chant
Elle parle mieux que tout en saisissant contraste
De l’infinie douceur des soirées de tendresse
Quand le soleil et l’eau, trouve un commun accord
Il n'est pas nécessaire de construire des patios.
Elle respecte d'instinct, la fragile distance
Qui sépare chaque chose, qui reste différente
Et redit le savoir qu’il n'est pas suffisant
De regarder pour voir, d'écouter pour entendre
En dehors de la passion toujours aussi violente
Qui rêve sans arrêt de pouvoir les unir.
PORTUGAL ET FADO
C'est la voie du fado, toute proche et lointaine,
Qui ressemble au bateau, et danse sur les mots.
Elle chante notre joie, elle chante notre peine
Comme la joie de l'eau, sait mourir en sanglots.
En douceur, en, violence, au caprice du vent
Elle aborde la terre comme on va au festin,
Acceptant de mourir, tout en le refusant,
Comme la vie voulue se soumet au destin.
Les vagues de la voix grossissent et puis se brisent,
Comme sur le rocher, les ondes douces éclatent.
Les femmes de marins fixent les eaux qui frisent,
Pour distraire leur chagrin, lorsque les hommes partent.
Accepter le pari de perdre la tendresse,
En laissant libre un homme de partir sur les flots,
Qu'il choisisse la mer, en seconde maîtresse,
Accepter que sa vie flotte sur un bateau.
Qu'il aille mesurer et aimer d'autres mondes,
Avant de revenir les bras charges de joies,
Que cette absence lourde peut devenir féconde,
Que cet espoir lointain peut alléger son poids.
Et les bras écartés, dans l'espoir de l'attente,
Rester vides à jamais d'un retour espéré,
Se fermer lentement pour garder l'espérance,
D'un amour disparu, et toujours espéré.
La vague n'est t'elle pas comme une main géante?
Conçue pour le besoin de caresser le monde,
Et son rythme obsédant à combler les secondes
En noyant le regret d'une présence absente.
Révolte et soumission, souvenir et oubli,
Attendent sur le quai le bateau du fado.
La grande réunion de la foule qui prie,
Ses yeux remplis d'espoir appellent l'horizon.
La feria
Les visages d’enfants tournés vers les adultes
Reflètent la confiance que leur inspire la joie
Les lumières dans la rue éclairent les jours de fête
Et la musique forte fait écho dans les têtes
Il est des jours choisis ou la joie devient reine
Chacun disant à l’autre aujourd’hui je vous aime
La magie de ce mot qui change le regard
Accompagne le rythme et l’instinct de la danse
La fête qui s’installe ne semble pas devoir
Se terminer un jour et tomber en oubli
La joie qui restera inscrite dans les coeurs
Y sera pour longtemps l’espoir du bonheur
Le lion de Delos gueule ouverte face au ciel.
Les yeux qui m'ont voulu et qui m'ont façonné
Depuis longtemps déjà à jamais sont fermés.
Et je suis resté là, obligé, condamné
A dévorer du ciel la gueule grande ouverte,
Pour une faim sans fin, une soif de pierre
Dans l'espoir illusoire d'un jour lui ressembler.
De mes années sous terre, je garde souvenance
D'une froidure immense et de mes yeux bouchés;
Et toi qui as voulu que je monte la garde
Qu'es tu donc devenu emmené par les gardes
Sous d'autres cieux lointains encore plein d'une vie
Dont tu voulus de pierre, ici, laisser l'image?
Pourquoi n'as-tu pensé que pour moi serait longue
De l'aube jusqu'au couchant, immobile et muet
Singer ainsi la vie toute une vie de pierre,
Alors que, cependant, durant ta vie errante,
Amoureux de la mer et de toutes ses plages,
Tu pourrais de tes pieds marquer d'autres rivages.
Si j'étais né bateau j'aurais porté des hommes,
Et ma charge pesante, m'aurait été plaisante.
Chaque port nouveau et ses bruits familiers
Aurait bercé l'ennui de ma longue espérance.
Ma vie de pierre bâillante face à l'éternité,
Me rend un peu jaloux de ton propre repos.
Sentinelle de pierre à l'entrée des tombeaux
Est un joli destin, mais aussi un fardeau.
Et ton vouloir défunt, amoureux de la pierre,
M'a forgé de ses mains en guise de prière;
Voulut-il, ce faisant, et me sachant muette,
Provoquer longuement des dieux toujours muets.
En me laissant le soin de prier à ta place
Espérais-tu qu'ainsi, en les priant longtemps,
Lassés de voir toujours tous ces hommes à genoux
De les fuir sans cesse ainsi que leurs questions
Ils choisiraient enfin de nous montrer visage
De donner à nos yeux le repos de l'image?
Dans ma prime jeunesse, durant les soirées tièdes,
Les foules murmurantes savaient me parler grec.
Le grec, je le savais, de part mon premier maître
Qui me l'avait parlé, en me creusant l'oreille:
Bien que la tête dure, il avait tant d'amour
Que j'avais accueilli tout son vocabulaire.
Aujourd'hui à mes pieds, des étrangers braillards
Me parlent des langages dont je n'ai pas la clef,
Me regardent de loin, pour me donner un nom
Et cherchent dans des livres, ma tête entre deux pages.
Leurs yeux par trop curieux semblent me reprocher
De me dresser encore parmi tant d'autres ruines.
Ils oublient, qu'autrefois, j'ai vu des enfants naître
Et des vieux fatigués trépasser sans regrets.
Il a fallu qu'un, jour des sauvages d'ailleurs
Débarquent par surprise les yeux remplis de haine;
Jaloux de cette paix et de cette beauté
Massacrent les vivants et saccagent les pierres.
Lorsque le matin calme se lève sur la mer
Et qu'un petit oiseau se perche sur mon nez
Il sait bien l'effronté que je suis incapable
De faire le moindre mal à sa tête emplumée.
S'il connaît ma tristesse à regarder le monde
Il sait bien qu'immobile je n'en vois que moitié
Regardant dans mon dos ce que je ne puis voir
Il me dit à l'oreille, et c'est là un espoir,
Que cette autre moitié lui permet de chanter.
MONGOLIE
LES YEUX PETITS ET LES YEUX GRANDS
Les yeux bridés moitié fermés
En meurtrière pour voir au dehors
A peine ouverts pour protéger
De la lumière de la poussière
Faits pour la steppe et pour le lœss
Des yeux petits derrière paupières
Qu’il faut chercher pour être en face
De ce regard comme lueur
Filtrant faisceau entre rideaux
Mais parcourant en miniature
Des paysages en démesure
Et les yeux grands comme des lacs
Engloutissant dans la couleur
Chaque caprice de l’horizon
Pour le copier en profondeur
Le faisant double avec bonheur
Sans ne jamais commettre erreur
Des yeux conçus pour accueillir
Pour regarder pour engloutir
Des yeux profonds comme des puits
Avec au fond l’eau de la vie
Volant à la bouche les mots
Qui tenteraient de les décrire
Satisfaisant l’envie de croire
En ne parlant que d’avenir
Possédant le double pouvoir
Vivre le naître et le mourir..
LE ROI NIL
Cette eau tombée du ciel , sur le coeur de l' Afrique
A rongé les rochers , glissé parmi les sables
Elle a vécu le calme , immobile des grands lacs
Comme un repos voulu avant les longs voyages
La vie dans le désert , lui doit tout sans partage
Du chameau à la chèvre , de l'arbre à la savane
Les oiseaux la regardent et les poissons y nagent
Croyant qu'elle court sur terre par volonté des Dieux
Elle leur semble si belle sous les feux du soleil
Qu'un hasard si heureux ne peut être miracle
Quand gronde sa colère , pour franchir les obstacles
C'est parce que son destin est de gagner la mer
Que pour ce long voyage le temps d'une seconde
Peut être un temps perdu , volé au lendemain
Elle sait dés le départ que des foules l'attendent
Dans le pays plus bas , dans le pays plus loin
Qu'elle doit porter la terre , de par dessus le sable
Pour que la vie s'installe connaisse un lendemain
La felouque ventrue toute remplie de pierres
Glissera sur les flots pour édifier les temples
Il y faudra chanter sans arrêt des prières
Pour glorifier les dieux du ciel et de la terre
Le village modeste tout enfoui dans la terre
Se cache dans les arbres dans le vert des palmiers
Le buffle et l'âne blanc, le chameau du désert
Y attendent le soir , pour ne plus se cacher
Un fleuve solitaire , dans un pays sans pluie
Est un soldat perdu en pays ennemi
Les dieux lui ont confié une mission première
Des sables à la mer faire cheminer la vie
En des instants légers la terre il désaltère
S'étalant largement en rivières et canaux
Il profite de l'ombre que l'arbre a su créer
Le cachant du soleil en guise de cadeau
En faisant don de l'eau, de frontière à frontière
Les dieux ont fait l'Egypte, depuis la nuit des temps
Ce qu'ils ont espéré de la nature humaine
Fragile et vulnérable, généreuse et altière
AUSTRALIE
J’ai l’Australie dans mon soulier et l’Australie me fait boiter
Elle était loin un peu partie d’Afrique pour mieux flotter
Terre inconnue terre oubliée morceau trop grand et trop petit
Tout juste utile et oubliée a mieux la terre équilibrer
Les kangourous la queue trop longue les pieds trop grands et ceux d’en haut
Par le devant pour se gratter debout tout droit entre les arbres
Pour voir au loin l’homme étranger nature inquiète oreilles dressées
En sentinelle guettant danger gardant petit par précaution
Près de leur cœur près de leur ventre et l’oiseau bleu avec un bec
Trop grand pour lui comme emprunté A un ami beaucoup plus grand
Pour occasion cérémonie pour gens du Nord ceux du midi
La tête en bas un peu vidée avoir du mal à fonctionner
Danger certain de les aimer les avoir vus manger chanter
Parmi les arbres et les rochers les crocodiles et les poissons
Leurs belles dents férocité et leur couleurs si contrastées
De pierre brute restée opaque par le poli changer surface
Et mieux connaître en profondeur toutes les veines de la pierre
Piéger soleil le retenir pour fabriquer des arcs en ciel
Nous obliger à mieux aimer vouloir connaître et mieux comprendre
Tous les secrets de notre vie entre beauté et cruauté
Toujours tenter de retrouver chemin perdu tant espéré.