montagne et mer

Publié le par paul vidal

 

La vallée du mars

 

Les flancs sont habillés de multiples feuillages
Les cimes dentelées coupent le ciel en pages
Le site le plus bas est la porte aux nuages
Les blancs passent haut respectant l’horizon
L’orage quand il survient s’engouffre en fleuve noir
Inonde la vallée de ses nuages lourds
La brume comme un fleuve efface les détails
Et l’orage remplit l’espace de sa voix
Le tonnerre brutal rencontre la paroi
Qui répète sans fin sa colère dans le temps
Et l’homme plus petit écrasé de présences
De volumes et de bruits lui laissant peu de place
Se découvre obligé de croire et d’espérer
Les pics et les cols de la ligne de crête
Puymary Puyviolent Nerone et le Luchard
Sont autant de refuges immobiles et présents
Qui accueillent les yeux et qui par leur constance
Font oublier le temps et les cieux qui défilent
Les torrents qui descendent et les feuilles qui tombent
Nous disent que la vie à multiples visages
La vallée sait parler a ceux qui la regarde
Et le Roc du Merle planté en personnage
Du haut de sa stature semble nous surveiller
La falaise en triangle sise juste à côté
Ressemble à un fronton greffé sur paysage
Accident de nature, temple grec oublié
Chacun pourra choisir son dieu à volonté
Chaque vallée diffère par sa beauté étrange
De la terre au rocher et du rocher à l’arbre
Sait combler du regard toutes les latitudes
Par ses diversités repousser l’habitude
Imposer à l’esprit bien mieux que des discours
Les plaisirs de la vie et ses fatalités
Portant vie en ses flancs et le ciel en milieu
Elle résume existence en la mieux rassemblant
Faisant l’homme à la fois et libre et prisonnier.
Etre né en vallée , avoir gardé les voix
Reçues très éloignées et pourtant restées proches
Avoir vu des lumières éclairer au lointain
Converger à Noël vers le sapin d’église
Pour chanter rassemblées l’espoir du divin
Vous oblige à aimer un décor si vivant
Et l’accepter muet pour enfin reposer.

 

 

LA ROSE DES SABLES

 

Tu naquis en enfer au pays de fournaise
Parmi toutes les roches sous un ciel inhumain.
La main qui t'a forgée t'a voulue ressemblante
A celles qui frémissent sous les cieux angevins.
Que tu sois de désert, que tu sois de jardin,
De métal ou de pierre ou bien de parchemin,
Parmi toutes les fleurs qui jalonnent la vie
C'est toi que je préfère et c'est toi que j'envie.
Le soin que tu as pris de ranger tes pétales
Rappelle l'élégance discrète des vestales.
Le secret que tu gardes est celui de beauté
Il traverse le temps jusqu'à l'éternité.
Tes soeurs de chez nous, fragiles et périssables,
Ont toute la douceur des pays accueillants.
Elles ont tous les parfums, les infinies couleurs
De celles qui habitent en des lieux plus cléments.
Rouges de la passion entre toutes violentes,
Blanches de l'innocence de fraîcheur désarmantes,
Messagères du coeur chargées de sentiments,
Semblables à chaque vie ne durent qu'un instant.
Si beauté est miracle, la tienne tout autant
Parle comme un espoir aux pays désolants,
Car tu es née de rien, tu as poussée sans terre
De la simple rencontre de la pierre et du vent.
Le soleil, prisonnier de toutes tes dentelles,
Danse de tous ses feux sur musique de vent.
Indifférente aux uns, paraissant trop austère,
Celui qui te regarde ne voit plus comme avant.
A ceux qui sont surpris que ta beauté étonne
Ne pourrait on répondre ainsi que nous le sommes
Dieu voulut te créer à l'image des hommes
D'un peu de cette terre et de la main du vent.
Ne peut on supposer si jolie te créant
Qu'il a voulu nous dire si dure que soit la pierre
Je vais la faire sourire d'un souffle caressant,
Tu serais donc ainsi échouée dans les sables
Une image de vie née d'amour tout puissant.

 

Gavarnie

 

La joie de l'eau qui tombe et porte la lumière
Blanche sur la paroi obscure de la roche
Représente la vie s’écoulant sans arrêt
Depuis la nuit des temps jusqu'au pied de ce jour

La cascade vivante parente de la neige
Comme de l'eau qui chante et rebondit sans fin
Caresse le regard d'une brume légère

La montagne massive de sa présence lourde
Occupe la nature de sa masse trop fixe
Mais l’eau qui la traverse estompe la paroi
D'un trait blanc et vivant comme une terre qui
pleure
Rappelle que la vie si légère et si vive
Ecrira son triomphe en éclairant la nuit


 

La mer

 

Le rêve et la musique nous possèdent en entier
Grâce à eux nous chassons les frontières du temps
L’étendue de la mer possède dimension
D’équilibrer en nous le poids de nos passions

Accueillante le jour à toute la lumière
Elle capte le regard par sa mobilité
L’harmonie des couleurs présentes dans l’instant
Prends le pas par les yeux sur le tout des tourments

Et cherchant à saisir cette immense beauté
Nous oublions facile notre peur d’exister
Ce pouvoir sans limite de bercer notre vie
En rendant dans l’instant la fuite des saisons
Nous procure un abri évitant les raisons

Tantôt lourde et légère au gré de ses humeurs
Elle sait accompagner chacune de nos heures
De la joie sans raison à la tristesse lourde
Sa présence mouvante entretient notre espoir

Son clapotis léger vient caresser la roche
Comme certaines vies appellent la tendresse
Sa colère mortelle puissante impitoyable
Nous impose respect prudence et soumission
Cette leçon vivante en nous toujours présente
Nous oblige à jamais d’aimer sans fin la mer

 

Neige

 

Toi qui tombes du ciel silencieusement
Comme un oubli discret dont le monde a besoin
Puisses tu dans nos cœurs apporter plus souvent
La surprise joyeuse d'une journée sereine.

Lorsque tes tapis blancs couvrent le paysage
Leur brutalité blanche ferme à demi les yeux
La lumière est présence de façon si intense
Qu'en l'absence des sons étrangement présente
Nous emporte impuissants en irréalité.

Tu habilles les arbres les branches et les brindilles
Tu avales le bruit et répand la lumière
Efface les reliefs et envahit les yeux
Ton silence est parent de celui de la nuit
Mais le blanc qu’il installe éclate comme un cri
Obligeant les paupières se fermer à demi
Et ne prendre lumière que le bonheur des yeux

Le besoin de penser s'estompe et se dilue
Annexé par le blanc nous occupant entiers.
Comme un monde nouveau tout à coup révélé
La surprise domine éloignant l'habitude
Permettant seulement la joie de contempler.

 

LES ARCS 1800

 

 

La foule les sapins en uniforme blanc

Habille les pentes raides à l'assaut des sommets

Comme une collerette un jabot de chemise

Elle enchâsse la tête du sommet éclatant

La neige éblouissante et ses étendues vierges

Semble dans sa pureté défier à tout jamais

La souillure d'un pas

 

Ce sommet de lumière inondant le regard

Le retient malgré lui en posant la question

J’appartiens à la terre la surveille d'en haut

À l'image d'un rêve planant sur notre vie

 

Mon profil indécis et ses contrastes forts

Résument le conflit de chacun d'entre nous

De l'espoir sans limite à la foi plus précise

Nos destins chaque jour refusent de choisir

 

 

TERRE ET SOLEIL

 

Si la terre est si ronde et qu'ainsi est sans fin
C'est que chaque début espère un lendemain
Comme la mer qui monte qui repart et revient
Chaque homme un peu perdu veut bâtir un destin

Comme l'eau sait glisser silencieusement
Autour de chaque obstacle qui voudrait l'arrêter
Cet espoir de durer inscrite dans nos gênes
Ecarte tous les doutes assaillant notre esprit

Du parent à l'enfant le désir d'exister
N'obéit qu'à l'instinct et refuse le rien
La vie et la lumière ont ce côté commun
De remplir l’espace sans ne douter de rien

Il n'est pas de secours qui ne soit justifié
Pour étayer en nous cet espoir de durer
Au- dessus des nuages le soleil est un roi
Dont le pouvoir s'étend sur tous les horizons

Il règne sans partage sur toute la nature
En occupant les yeux les terres et les dieux
Il importe et impose un éclat si puissant
Que toutes les pensées paraissent superflues

Comment savoir après devant tant de présence
S'il est Dieu s'il est blanc s'il est loin s'il est prêt
Pouvons-nous comparer à ce pouvoir immense
Les petits champs étroits de notre connaissance

Savants ou philosophes artisans de mesures
De chiffres ou bien de mots se trouvent impuissants
Face à tant de lumière et à tant de pouvoir
Ils ne sont que sujets condamnés à vouloir.

 

 

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Publié dans poesies

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