LE TEMPS
Le temps
Avec le mot toujours nous cherchons l’éternel.
Par son immensité, ce mot sans dimension
Equilibre la peur, des idées incertaines.
C’est le mot qui revient, masqué sous d’autres mots.
Il habille l’amour et Dieu sans un effort.
L’’inquiétude reste grande installée sur le temps
Mais ce mot à lui seul est si grand de pouvoir
Que la fuite du temps se remplit de présences.
Comme l’amour soudain, peut tuer la détresse
En occupant l’espace, en changeant le regard
Il installe partout la présence d’un Dieu.
Il est comme la vie rayonnante et fertile
Face au doute du temps au doute de la mort
Tronqué d’une partie de son immensité
Par un jamais caché, qui le suit comme un frère
Lorsqu’il parait s’enfuir et semble disparaître
ll nous revient encore en s’appelant l’espoir.
ELEGIE
De la naissance, jusqu'à la mort, ai-je raison ou ai-je tort?
Vivre au dedans ou vivre dehors, est-ce la vie est-ce un décor?
Les amitiés, la solitude le néant, la plénitude,
Ai-je raison, ou ai-je tort? Est-ce la vie, est-ce la mort?
Est-ce printemps, est-ce l'automne ou tout renaît, ou tout s'endort?
Est-ce la foi ou bien le doute? La volonté ou bien le sort.
Est- ce unité ou bien partage? Cette impression de davantage
Entre passé et avenir il nous faut vivre et puis mourir.
Entre l’amour le désespoir, Il faut trouver un devenir
Pour parvenir jusque s'au soir et bien mourir sans repentir.
Si le néant n'a pas de fond et que l'amour n'a de limite
Comment faut-il que nous fassions pour qu'entre deux la vie habite?
Le relatif est- il mensonge ?et l'absolu que déraison ?
Et plus j'y pense et plus j'y songe et moins l'espoir est de saison.
LA BEAUTE
Toi qui trop aime la beauté et n’en conçoit que volupté,
Sache donc bien qu’indifférente te paraîtra si loin distante
Que son attrait, par trop violent rencontrant, vide et solitude
Te détruira le cœur céans plus vite que décrépitude.
Comme la foudre en sa colère aveuglante en apothéose,
D’un trait de feu, d’un trait de fer sans hésiter, marquer de pose,
D’une atteinte à soit à toi si cruelle portée au milieu de ta vie
Ne laissera subsister d’elle que l’espoir d’un lointain oubli
Le soleil qu’on regarde en face pour nous n’a pas plus de pitié
Pourtant il doit garder sa place nos yeux n’ouvrir qu’à moitié
Les mots
Avec les mots d’hier, habiller le présent
Ne vouloir les changer, sous prétexte de temps
Ils ne sont pas usés, d’avoir beaucoup servis
Seulement patinés, sans avoir pris un pli
Mais un mot reste un mot, et ne fatigue pas
De porter un propos, si le propos est bon
En passant par la tête, simplement en relais
Il en ressortira, identique à lui même
Aussi clair et limpide, visible et transparent
Lorsque le mot hésite, pour mieux dire ce qu’il pense
Et cherche aux environs, un mot qui se dérobe
Sa démarche hésitante, prenant le ralenti
Progresse lentement, d’un mot seul à un autre
Ralentissant la phrase, pour cerner la pensée
Il tente d’énoncer, le plus exactement.
Concerto de Rachmaninov
Piano forte
Et toi l‘espoir, pourquoi frapper
Frapper si fort, frapper toujours
Frapper encore, ne sais tu pas
Depuis longtemps, longtemps déjà
Car de l’amour, de l’amitié
Pourquoi donner, rien que moitié
Et puis promettre, au paradis
De nous donner, tout à merci
Pourquoi la mort, après la vie
Et dans les yeux, tant de détresse
Et puis du rire, de la tendresse
Et puis plus rien, qu’un souvenir
De ce qui fut, Dieu et l’amour
Chacun des jours, toute une vie.
COMMENT
Accrocher ses habits aux aiguilles du temps
Et faire qu’en tournant ils ne puissent tomber
Entrer dans un regard jusque derrière les yeux
Pour y fixer l’image d’un instant merveilleux
Et partant d’un désir en devenir l’esclave
Pour conquérir le ciel sans tomber dans la mer
Côtoyer la victoire ébloui de durée
Et passer sans escale des ailes de l’oiseau
Jusqu’aux pas alourdis des destins embourbés
Réunir par des mots ce que la vie sépare
Est un jeu difficile ne pardonnant l’écart
Si chacun est unique peut-il être semblable
Entrer dans une idée qui prétend être lui
Alors qu’elle ne peut l’être à toujours qu’à demi
Si chacun veut rester la vérité qu’il porte
Et bouter hors de lui le confort d’habitude
N’est-il pas condamné refusant servitudes
D’accepter sans faillir l’horizon solitude.
LE REFUS
Que sert de refuser la mort, que sert de regretter l'oubli,
Ne pas laisser courir au dehors la liberté qui épanouit.
De vouloir posséder le temps le retenir tout à loisir
Sans accepter là pour autant de chaque jour un peu mourir.
Oublier que depuis toujours la vie s'achète de la mort
Que Dieu suffit avec l'amour à changer le gris en décor.
Que la joie comme la douleur sont les couleurs de la vie.
Que l'une et l'autre sont deux soeurs, inséparables et sans merci.
Le refus est une musique, qui ne veut connaître d'oreille
Un sommeil qui par trop s'applique à ne pas retrouver d'éveil.
Concerto de Rachmaninov
Piano forte
Et toi l‘espoir, pourquoi frapper
Frapper si fort, frapper toujours
Frapper encore, ne sais tu pas
Depuis longtemps, longtemps déjà
Mon cœur est mort
Car de l’amour, de l’amitié
Pourquoi donner, rien que moitié
Et puis promettre, au paradis
De nous donner, tout à merci
Pourquoi la mort, après la vie
Et dans les yeux, tant de détresse
Et puis du rire, de la tendresse
Et puis plus rien, qu’un souvenir
De ce qui fut, Dieu et l’amour
Chacun des jours, toute une vie.