LE PASSé AU PRéSENT

Publié le par paul vidal

Le petit arbre et la forêt ou l’enfant et les parents

 

J’étais petit, ils étaient grands entre deux, j’avais dû naître
Planté seul, entre-deux êtres moitié chair, moitié mystère
La lumière venait d’en haut pour comprendre et pour mieux voir
Fallait grandir, j’ai fait du bois
Avec du soleil et de l’eau j’ai fait feuille ,et fait branche
Par instinct, sans savoir pourquoi avec l’aide, de ceux qui croient
A l’abri, de ceux qui espèrent pour comprendre, avant croire
Fallait grandir, j’ai fait du bois
Comme l’homme, j’ai racines et besoin du vent pour bouger
Les oiseaux traversent le ciel me regardent comme un infirme
N’ayant que ses yeux pour voler voir le soleil tomber en terre
Chaque matin se relever
Si forêt reste muette durant l’angoisse de la nuit
Et que l’oiseau ne chante pas jusqu’à la gloire du levant
Ce temps qui passe, est-il perdu ? est-il perdu, totalement
Non car sans bruit, j’ai fait du bois
Depuis qu’habite la terre immobile et bras ballants
Je jalonne partout la vie de la maison ,jusqu’au bateau
Du berceau jusqu’a la croix
Même broyé comme poussière devenue feuille de papier
On me confie les mots précieux qui parlent joies qui parlent Dieu
Et de la poutre au parchemin j’accompagne sans défaillance
Depuis début jusqu’à la fin.

 

LE SOUVENIR

 

Cette mémoire rebelle, qui refuse le temps,
Têtue comme un passé ,qui dit toujours présent,
Qui lorsqu'on le poursuit, reste toujours devant
Comme la tache d'huile, inscrite au coeur du bois
Aussitôt reparue, à peine qu'effacée
Qui se joue des efforts contre elle déployés.
Il faut que le temps meure ,avant que d'oublier
Mais le temps comme l'eau, vit en éternité
A toujours s'écouler et à toujours renaître
Difficile à saisir, difficile à cerner
Ils se moquent de l'homme, ils se moquent de l'être
Trop occupés qu'ils sont, à se renouveler.
Ont ils tort de rester muets à nos questions ?
De ne point partager le poids de nos passions ?
Nous voulons posséder un coeur à leur image,
Immense, insaisissable, à l'abri des outrages.
Nous voulons arrêter toute chose qui passe
Et séparer en elle le temps qui y tient place .
C'est vouloir partager la vie en son milieu
Vouloir qu'une moitié, survive comme un tout.
C'est une ambition folle à rendre un homme fou.
Il faut que notre coeur, se remplisse d'images.
Qu'il cesse de poursuivre le temps comme un mirage,
Et mérite la paix qui habite le sage.


LE DOUTE

 

UN MOT, UN PIED, UN MOT PAR TERRE
UN PIED EN L’AIR ET PUIS DU DOUTE
DU SABLE, QUI COULE SUR LE TEMPS
SUR LA VIE, UN PAS VERS L’AVANT
ET LE RECUL ,LE PIED S’ENFONCE
IL FAUT PARTIR, PARTIR A NOUVEAU
AVEC LA TRACE ,DE L’ESCARGOT
QUI BAVE ,DERRIERE LE CARREAU
LAVER LA TRACE ,RANGER LE SABLE
IMPOSSIBLE ,ILS SONT
DE L’AUTRE COTE.

 

L'OUBLI

 

Obligation féroce des enfances chargées
Qui fait que l'on est vieux sitôt que d'être né,
De l'espoir de l'oubli à l'oubli de l'espoir,
Chaque journée qui passe est une vie entière
Qui cherche son chemin entre ces deux frontières.
L'espoir planté au corps comme un pieu mis en terre
Et qui y tient si fort qu'on ne peut s'en défaire,
Savoir si c'est la chance quel en est le mystère
Si c'est la providence ou si c'est un enfer.

De la joie étrangère, faire une joie amie,
Si peu de différence apparente au regard
Dans ce combat sans fin inexplicable aux autres,
Paralysant le corps, interdisant le s fêtes.
Que la joie simulée coûte d'efforts secrets,
Sans les mains sans les yeux, combien y font naufrage.
Soldat toute une vie d'un conflit d'un autre age
Où le passé pesant écrase le présent
Lui laissant seulement, pour survivre, un espoir.
Trop déguster de vie trop tôt chargée de haine
Vous laisse dans le goût un sens perverti.
Les saveurs gourmandes et les joies ordinaires
A grand peine parviennent à franchir votre seuil.
De moi jusqu'à la joie que la distance est grande !
Et combien j'ai besoin de voisiner les autres!
J'ai besoin des yeux qui savent regarder
Et des voix qui racontent les choses sans crier.
Esclave du sourire, esclave de la joie,
C'est là le seul espoir d'un jour pouvoir guérir
La plaie définitive de l'espoir torturé.
Antidote de mort, élixir de tristesse,
A toujours te chercher à la source des autres,
Tu me rends à jamais vulnérable à merci.

C'est que l'oubli, je crois, est chose capricieuse
Et doit pour s'approcher être bien accueilli.
Si le temps permettait par son aide précieuse
Qu'il s'installe chez moi un jour à petits pas
J'éviterais surtout, en lui parlant trop fort,
De faire qu'il ne me quitte et ne revienne pas

 

LA BALLADE DES MAINS

 

Que me veut dieu, que me veut diable à me toujours écarteler,
J'ai eu des bras, j'ai eu des jambes,sans les pouvoir bien rassembler.
J'ai eu des joies, j'ai eu des peines sans les savoir trop mélanger,
Au quatre coins tout dispersés sans les savoir réconcilier.

Dans le regard, la vie cortège, la vie défile comme une armée,
C'est dans les mains que fatiguée elle a choisi de reposer.
Entre les doigts de ceux qui s'aiment, la vie s'installe pour demeurer,
Malheur à vous si votre tête vous tient les mains doigts écartés.

Quand la musique enfin s’achève, lorsque la nuit remplit les yeux,
Que reste t'il au condamné qui doit durer doigts esseulés.
En priant Dieu de ses mains jointes, espère t'il donc le mieux garder?
Faire que sur terre il redescende de son amour le consoler.
Quel est l'instinct qui nous unit de parcourir ainsi la vie,
Pour la finir collés au mur , dans un espoir de fusillé.

 

LES JOIES

 

Entre la joie construite et la joie spontanée
Que la distance est grande, difficile à combler.
L'une coule de source, comme l'eau voit le jour,
Et jaillit vers les autres comme un trop plein d'amour.

Elle parait généreuse, semble multiplier,
Les joies reçues jadis, en elle accumulées.
L'autre parcimonieuse, trop riche en volonté,
N'ose pas pour survivre, à d'autres se mêler.

Elle connaît sa faiblesse, malgré ses apparences,
A trop peur de paraître, d'inspirer la pitié.
Elle n'est que l'antidote, de la désespérance.
Elle est château de sable attendant la marée.

Elle cherche pour s'unir une autre joie pareille,
Pour conquérir sa force, dans une autre faiblesse.
Elle se sait condamnée, à la tristesse forte.
C'est l'habit qui lui va et c'est sa seule porte.

.Elle a trop peu de joie, pour pouvoir la donner
Elle rêve d'en avoir, à ne savoir qu'en faire
Son ambition serait de la jeter aux autres.
Et cette envie, l'habite, la dévore, et la pousse
Comme l'espoir en elle, chaque jour tue le doute.

 

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Publié dans poesies

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