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Vendredi 30 mai 2008
Quels rapports entre l’angoisse d’exister, le plaisir de vivre, la poésie, la peinture, la sculpture, la religion.
De la même façon que l’artisan à partir de la matière brute investit son temps pour créer. l’objectif de créer existe en chacun de nous dans la mesure où nous mesurons les limites de notre existence et refusons un destin défini entre deux néant celui d’avant et celui d’après.
La poésie par la liberté totale à laquelle elle nous invite à accéder, peut se révéler un élément majeur d’existence. Comparativement à d’autres modes d’expression, par le recours à l’image diluant de façon globale nos difficultés personnelles en les incorporant à des phénomènes de dimensions incomparables elle permet de leur faire face en les relativisant face à la difficulté qui serait de les vivre avec leur densité telle qu’elle est perçue de façon primitive et globale .Les thèmes permanents sont en tous pays et tous temps l’amour la mort et le temps. Chacun vit en fonction de ses critères personnels qui sont totalement différents.
Cette perception de la difficulté à vivre certains épisodes en fonction de critères personnels peut être ressentie par d’autres comme artificielle, même si ces critères vus de l’extérieur semblent inexacts ils sont dans la réalité de chacun profondément ancrés et régissent inconsciemment nos réactions considérées de l’extérieur comme anormales. CAMUS disait (même si ma mère à tort pour moi elle a toujours raison). Le raisonnement est exact si les relations avec sa mère ont eu une influence dominante, car elle a pu représenter durant son jeune age un rempart entre lui-même et le monde extérieur indifférent ou agressif. Lorsqu’on utilise le mot rempart il s’agit de façon plus exacte d’écran, réel et prolongé, le temps de l’enfance entre lui, un être neuf à tout point de vue et le milieu environnant. Cette dépendance très étroite peut entraîner une perception en partie inexacte du réel ; certaines notions en découlant correspondent pour celui qui les a subis à une perte de lucidité concernant les critères autres que les siens.
La poésie par l’évasion que procure l’image permet une optique beaucoup plus large concernant l’étroite dépendance dans laquelle nous vivons notre vie régie de façon globale par des règles, convenues, indispensables pour la vie en commun. La logique ayant tendance à s’établir en qualité première est incapable de satisfaire par ses explications trop absolues et strictes les nuances des impressions fugaces et passagères capables d’investir de façon parfois brutale nos raisons d’exister. La poésie, par la liberté totale à laquelle elle nous invite rejoint dans le choix des mots celle qui pour le musicien existe au niveau des sons et pour le sculpteur au niveau des formes. Cette liberté qui correspond et même défini l’activité de tout artiste représente l’élément majeur de toute création.
En ce qui concerne la poésie l’amalgame consciemment voulu entre les êtres humains et les phénomènes apparemment constants et merveilleux de la nature apporte à ceux-ci une sorte de confirmation de leur propre existence. De la même façon que la peinture par le mélange de toutes les couleurs permet d'accéder à toutes les couleurs réelles communes dans la réalité mais d'une façon supplémentaire à toutes les fantaisies concernant leur choix et que cette fantaisie est susceptible de déboucher sur de nouvelles interprétations où la réalité reste présente dans les formes mais revêtues de couleurs différentes devient capable d'être perçue de façon nouvelle.Le combat permanent instinctif et inconscient formulé ou subi durant chaque existence contre le néant nous a toujours, depuis les origines, obligés à concevoir un ou plusieurs dieux. L’hypothèse du hasard rayonnant sur le monde et la cruauté des rapports de force promus en règle générale d’équilibre des espèces ne semblent pas compatibles avec l’amour conçu en force devant investir toutes les formes de rapport .Que ce soit entre les hommes eux-mêmes ou entre l’homme et son environnement le choix réel semble être entre l’action ou la contemplation ou plutôt dans le mélange harmonieux entre ces deux attitudes. Il existe une opposition totale entre le contemplatif cherchant son équilibre dans l’intégration de sa personne et du monde et qui semble trouver dans cette attitude respectueuse, craintive et admirative la seule susceptible de réaliser un rapport durable et valable avec son environnement. L’autre attitude qui consiste à mettre à profit tous les sens dont la nature nous a gratifié pour tenter par nos activités diverses d’agir dans tous les domaines en essayant d’apporter des modifications capables d’améliorer les conditions d’existence de chacun et d’y trouver malgré tous les mystères auxquels nous pouvons nous heurter, une justification à notre existence .Dépouillée de cette action si limitée soit elle, cette existence nous paraîtrait sans objet et d’une certaine façon absurde.
Si l’explication d’un ordre d’origine supérieur ne nous parait pas évident, nous pouvons le ressentir comme une issue de secours suggérée à notre esprit pour suppléer une absence impossible à admettre. La musique par la capacité qui lui appartient d'occuper tout notre esprit est capable de nous apporter une impression de présence et de certitude qui peut être ressentie comme une sorte de foi. D'une certaine façon la poésie par son désordre apparent dans les termes et le vague qui semble s'attacher à son expression est comparable à une sorte d'impressionnisme verbal. La peinture des impressionnistes en juxtaposant une infinité de couleur respecte la liberté d'interprétation propre à chacun. La multitude des interprétations d'un tableau en fonction de chaque critère personnel ne peut pas être comptabilisée. C'est à ce niveau que la logique est impuissante à mesurer et à doser le plaisir de chacun. Dans toutes les existences personnelles un équilibre existe entre l'angoisse d'exister et le plaisir de vivre. Mais ce point d'équilibre n'est pas possible à définir tant les circonstances accidentelles de la vie présente un caractère imprévisible.